Dans le prolongement des années précédentes,
une nouvelle étape conduit à la mise en place d’un secteur d’ateliers réguliers à l'intention de jeunes adultes.
En quelques lignes.
L'évolution des activités pour adolescents handicapés a conduit à la création d'ateliers de théâtre et de percussions, permettant une approche plus adaptée et structurée de chaque discipline. Face au changement des participants et à leur entrée dans la vie adulte, une réorganisation a été nécessaire, aboutissant en 1989 à la création d'un atelier théâtre pour jeunes adultes. Cette transition a favorisé une pratique plus mature et personnalisée, distinguant désormais deux secteurs autonomes au sein de l'association.
Le Secteur 2, centré sur le théâtre et la musique, a développé des méthodes adaptées, privilégiant l'engagement corporel, l'autonomie des acteurs et l'expérimentation musicale, tout en consolidant un groupe hétérogène mais complémentaire, marquant ainsi une nouvelle étape dans le projet artistique.
Théâtre/Musique, des options se mettaient progressivement en place. Une recherche théâtrale intégrant des éléments sonores et musicaux produits en direct était, par exemple, engagée, visant à élargir les compétences des participants et à favoriser une approche plus collective et autonome, sans recours à des enregistrements externes. Des séquences sonores ont été créées en lien avec l'action scénique, chaque participant intervenant à la fois sur scène et en coulisse de manière sonore. Un musicien assurait un accompagnement en direct, renforçant l'intégration des dimensions sonores et visuelles. Parallèlement, le volet musical cherchait à valoriser l'expression individuelle et collective, en évitant les genres trop étroits et en privilégiant une approche flexible, soutenue par une mise en espace visuelle. La collaboration entre les ateliers de théâtre et de musique, concrétisée lors d'une intervention commune en 1992, confirmait l'intérêt de ces options, permettant une synergie entre jeu scénique, création sonore en direct et expérience scénographique, le tout dans des conditions inhabituelles, comme une représentation public réalisée sur une péniche.
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L'évolution de l'activité au fil de l'expérience réalisée les années précédentes et les nouveaux besoins notamment en lien avec l'âge des participants s'est traduite dans un premier temps par la création d'un atelier théâtre et d'un atelier de percussions pour un groupe d'adolescents handicapés exclusivement.
Ces nouvelles propositions ont permis de clarifier plusieurs aspects en lien avec l’expérience menée dans le cadre de l'activité mixte et ont permis d'engager une démarche plus spécifique, d'expérimenter de nouvelles techniques et situations de jeu dans des conditions mieux adaptées à un groupe d’adolescents handicapés. D'ouvrir aussi les groupes à de nouvelles personnes.
Au niveau théâtral, cela a permis de s'engager dans une approche plus structurée avec l’ensemble des aspects à aborder (formation, expérimentation et recherche, découverte notamment) en parallèle à celle initiée également dans l'atelier de musique dans cette même période, dans une démarche un peu différente néanmoins puisque nouvelle au niveau de la musique à la différence du théâtre.
Passage d'activités pour adolescents à celles pour adultes: un changement de profil
Sur le plan d'une activité théâtrale menée avec de jeunes adolescents handicapés, l'expérience des premières années a mis en évidence une situation contrastée entre la pratique du théâtre et ce type de population. Une situation "entre deux" qui a pu marquer les différents projets proposés, un certain besoin de capter un intérêt pas toujours facile/évident à cerner- la nécessité de "donner du concret" et ainsi "du sens" tout en gardant à l’esprit qu’il s’agissait à terme de se libérer de cet aspect pour ouvrir vers un univers plus imaginaire.
Une étape pas toujours évidente à conduire, un passage obligé ?
Une forme d'ambigüité peut-être inhérente aux conditions d'une activité menée dans les conditions d'une activité de loisir où la possibilité d'affirmer un choix réel est toujours délicate au vu des intérêts des personnes qui y sont impliquées: parents, jeunes, animateur.
Le passage dans le monde du travail (au terme de la période d'écolage et d'apprentissage sur un rythme scolaire) et pour plusieurs à l'entrée en foyer d'hébergement s'est fait sentir et à amené le groupe de participants à une plus grande maturité et à une appréhension nouvelles des choses. Une évolution et des changements qui allaient se traduire dans une nouvelle manière d'aborder l'activité théâtrale (ou musicale) et ainsi influencer et marquer profondément l'évolution au sein même du travail d'atelier proposé.
Une nouvelle manière d'aborder et de vivre une activité théâtrale, de la capacité à se distancer d'un simple jeu "pour le plaisir" pour les uns ou pour d'autres de se contenter à effectuer les exercices convenus (et nous faire plaisir/satisfaire) et aller au-delà dans un processus d'appropriation et de prise de conscience plus personnelle de cet outil. Une dimension/des éléments qui restent particulièrement sensibles dans le contexte de ce type d'activité avec le type de personnes concernées habituées souvent à une certaine docilité. Fixer de nouveaux enjeux, donner des perspectives plus concrètes, comme celles de mises en forme périodiques.
A l'issue de cette étape et compte tenu de l'évolution à relever autant au niveau des participants (dont certains depuis le début) que du développement des autres activités de l'association (atelier théâtre adulte à Genève et à Lausanne), une réorganisation plus en profondeur s'est imposée afin d'apporter à l'ensemble des différentes problématiques qui se posaient alors une réponse sur le long terme.
Création d'un nouvel atelier théâtre pour de jeunes adultes et mise en place de deux secteurs d'activité autonomes
L'année 1989 a été l'occasion de franchir cette étape en regroupant dans un nouvel atelier Théâtre - pour adulte - les jeunes issus des ateliers adolescents et plusieurs personnes qui avaient participé aux autres ateliers de l'association. Outre le fait d'offrir un nouveau cadre pour les personnes venant des activités adolescents cet atelier permettait également d'offrir une nouvelle variante dans l'éventail des propositions théâtrales faites à l'époque par l'association Autrement-Aujourd'hui et de mieux distinguer les formes d'approche et de pratique possibles. De permettre une participation avec une perspective plus particulièrement tournée vers des réalisations publique pour des participants qui en avaient la possibilité et l'expérience et une autre tournée davantage vers l'approche et l'expérimentation de cette discipline, sans poser en préalable un objectif trop déterminé.
La rencontre – au sein de ce nouvel atelier – entre des parcours très différents et l'apport par une partie du groupe d'une expérience théâtrale plus avancée acquise pendant plusieurs années dans le cadre d'atelier pour adultes plus structurés ainsi que celle de représentations publiques a été particulièrement bénéfique. Les plus jeunes, pour leur part, apportaient un regard un peu différent, sensiblement décalé et peut-être une énergie nouvelle.
A partir de ce moment une nouvelle période de travail pouvait se mettre en place qui permettra de dégager et préciser progressivement les caractéristiques et spécificités d'un projet théâtral à part entière basé sur des options plus spécifiques.
Une période qui conduira aussi l'association à se structurer autour de deux secteurs différenciés et autonomes afin de répondre aux besoins de chacun de ses projets en partageant un tronc commun. Ainsi, à partir de 1990 le Secteur2 était constitué autour des ateliers de théâtre et de musique et de leur projets.
La saison suivante (RA 90) a permis de consolider ce nouveau fonctionnement par la constitution d’un groupe de participants réguliers, la mise en place d'axes de travail adaptés, en rapport avec les tempéraments et les aptitudes des participants, la mise en place d'une formation progressive faisant se mêler travail d'atelier et réalisations concrètes. Une période nécessaire aussi pour les intervenants dans les ateliers pour appréhender l'ensemble des données et dégager des propositions adéquates.
Le groupe de participants représente la pierre angulaire sur laquelle va reposer une bonne partie du projet. Au départ, et même si la motivation de chaque participant pour cette activité est un élément indiscutable, le groupe est le plus souvent hétérogène, comprenant des individus aux intérêts et possibilités très diverses, et, comme cela a été le cas dans le groupe de théâtre, de différences dans l'expérience de l'activité.
Des options qui se précisent au niveau du théâtre et de la musique
Pour le théâtre, une première réalisation "intermédiaire" (Histoire sans titre) a permis de poser les bases de la démarche de ce nouvel atelier. Notamment autour de certaines options qui caractériseront le travail mené au sein du Secteur2 dans les années suivantes: la recherche d'un engagement corporel dynamique, le développement d'une connivence et complémentarité au sein du groupe, l'intégration d'éléments sonores produits par le jeu, l'utilisation d'un accompagnement musical en direct, étroitement associé au déroulement de la pièce sans en être le simple déclencheur, l'utilisation de moyens scéniques élémentaires et pouvant être manipulés, une certaine autonomie laissée à chaque acteur placé en situation de jeu ou de représentation qui se traduit par l'absence d'intervenant en coulisse ou limité à l'indispensable, ou un dispositif de jeu revu qui laisse entrevoir une certaine proximité avec cet espace habituellement caché .
Au niveau du groupe de musique en partie recomposé il s’est agi entre des moments de travail plus "technique" et d’autres axés sur l’expérimentation sonore de développer avec chacun la capacité à faire des propositions musicales plus nuancées et personnelles.
Une fois encore, il est apparu que la façon de s'approprier le fait musical est tout à fait personnelle à chacun des participants. C'est parfois par un détail, par le "détournement" ou au détour d'une autre proposition que le déclic va se faire et que l'un ou l'autre va pouvoir saisir la façon de s'engager et de proposer quelque chose. C'est aussi à l'occasion de moments de jeu plus libre, ou même de moments informels avant et après les ateliers, que des acquisitions peuvent se remarquer.
L’affirmation progressive de la personnalité des plus jeunes et la confirmation de la capacité des plus expérimentés à entreprendre un travail plus élaboré bouclent ce premier cycle.
Théâtre: une investigation autour d’éléments sonores a intégrer au jeu et une implication élargie de chaque participant.
Un séjour-stage à l’été 1990 a donné la possibilité d’une recherche autour d’éléments sonores et musicaux : mise en son d’une situation plus particulière (la rue et l’activité de la ville par exemple)
Cette ouverture vers d'autres domaines constituait un des projets de recherche et de formation de ce groupe.
Cette option de travail et de formation doit permettre d'élargir les manières d'approcher l'activité théâtrale en donnant la possibilité d'une investigation plus large des ressources ou des aptitudes de chaque participant, et ainsi de développer sa capacité d'intervenir au sein d'une réalisation. C'est aussi la recherche d'une meilleure intégration entre les différents aspects qui composent une réalisation théâtrale : aspects visuels, sonores, musicaux... et le choix de faire en sorte que l'évocation proposée repose prioritairement sur les éléments mis directement en jeu lors de la présentation et non seulement sur ceux réalisés à part comme ce peut être le cas lors d’un recours à l'enregistrement.
Des éléments de cette investigation ont été repris dans le travail d’atelier et le projet d’une nouvelle réalisation lors du travail de répétition et de mise en forme. Des séquences sonores ont été créées en rapport avec l'action théâtrale jouée : bruitage de situations et création d'ambiances ou mise en forme directe des aspects sonores produits durant le jeu (comme lors de manipulation d'éléments de décor: caisses ou chariot).
Avec plus ou moins d'importance, chaque participant/acteur se répartissait en partie sur une activité d'accompagnement sonore depuis la coulisse.et en partie sur l'intervention directe en scène dans le rôle qui lui était attribué.
Le propos de départ de cette réalisation se situait dans une ancienne usine et était ainsi propice à diverses évocations acoustiques: comme le bruit des machines par exemple.
Dans la perspective de mise en relation des éléments composant ce spectacle, l'accompagnement musical a été réalisé en direct grâce à l'intervention d'un musicien.
Outre l'élargissement des possibilités d'intervention des conditions de jeu et de dispositif ont été donnés pour limiter, et si possible supprimer, le besoin d'un appui ou d'une intervention extérieure aux comédiens en coulisse au moment des représentations
Cet option s'inscrit dans une démarche visant à favoriser le plus possible une maîtrise collective et individuelle de la part du groupe et de chaque participant sur le projet qu'il réalise et dans lequel il en est pleinement le protagoniste ; de provoquer progressivement une prise de conscience de l'entité autonome et indépendante qu'il pourrait représenter.
Musique: La recherche d'une expression musicale propre au groupe et la mise en valeur des capacités de chacun.
Si des séquences musicales présentent une certaine "facilité", d'autres où le mode d'intervention est moins structuré (ou répétitif) que dans un rythme et qui font davantage appel à une interprétation, à la qualité d'engagement et à la conviction mise par le participant au moment de jouer sont plus longs à obtenir. Des moyens sont à trouver afin "d’arrondir" ces difficultés et donner un aboutissement plus satisfaisant qui contourne la forme d'épreuve que représenterait la pièce musicale. Pour cela, une attention est portée, dès cette période, à la mise en espace et à l'aspect visuel dont le rôle sert à soutenir et compléter l'aspect musical en créant un univers, une atmosphère autour du jeu musical.
La recherche d'une expression musicale propre au groupe et la mise en valeur des capacités de chacun des participants ont été, depuis le départ, des éléments au centre de la démarche de l'Atelier.
Le parcours, l'expérience et les intérêts des uns et des autres étant très divers, les potentiels très différents, il est important et nécessaire de pouvoir aborder la musique par différents biais, de ne pas se cantonner dans un genre précis et trop restrictif. Car il s'agit de créer, en complément d'un travail autour des notions de base, un milieu qui stimule l'intérêt et suscite des propositions d'une part, qui soit capable d'autre part de recevoir ces mêmes propositions, qui peuvent être très diverses, pour les reprendre et les développer.
Périodiquement une mise en forme du travail effectué et sa présentation vient compléter un cycle et ainsi permettre à la démarche d'aller de l'avant. C'est une des raisons pour lesquelles des présentations comme celles de "Séquences Musicales" réalisées en 1991 ont lieu.
Des options qui se dégagent plus précisément.
Celles-ci relèvent pour une part de la capacité des groupes, de leurs aptitudes ou de leurs intérêts plus particuliers pour un aspect ou l'autre mais aussi d'un choix et d'un parti-pris quant à la manière de mettre en rapport les différents domaines que ces activités recouvrent: moments d'atelier de théâtre ou de musique en semaine, lieu de vie lors des week-ends et séjours-stages périodiques, dimensions d'ouverture et d'intégration dans les lieux où elles se déroulent.
Les différents projets ont démontré l'intérêt de réalisations légères, qui font intervenir les différents aspects d'un spectacle mais laissent aussi une souplesse et une diversité quant à leur contenu et à leur forme. Celles-ci conviennent bien au type de travail effectué dans l'un ou l'autre des deux ateliers, aux personnes qui les composent et aux objectifs d'une recherche en cours.
Des collaborations ponctuelles ou à moyen terme ouvrent de nouvelles perspectives.
Une première expérience entre les groupes de théâtre et de musique confirme les options mises en avant.
La réalisation d'une intervention commune de l'atelier Théâtre et une partie du groupe Musique à l'été 92 a permis de concrétiser et confirmer certaines options entrevues précédemment. Notamment dans le lien qui pouvait être tissé par les deux ateliers autour d'un même projet.
Outre l'ambiance de ce séjour tout entier tourné vers la préparation d'une intervention à donner en public, dans des conditions inhabituelles et rendu particulièrement spectaculaire par l'utilisation d'une péniche de grande envergure, ce projet a constitué une expérience très intéressante et fondatrice pour les deux groupes d'atelier. Tout d'abord, cela aura été l'occasion de partager entièrement un même projet depuis sa conception jusqu'à son aboutissement ; de mettre en pratique, dans une forme de réalisation plus rapide, l'expérience acquise en atelier de théâtre ou de musique et de la confronter à un projet de nature différente à celle d'une présentation d'atelier standard, dans des circonstances à certains moments rendus plus difficiles par les conditions de répétition et de jeu en plein air.
Pour chacun des deux ateliers, cela a été aussi l'occasion de découvrir ou de confirmer des aspects utiles à leur démarche. Pour le théâtre d'associer au jeu et en direct des éléments sonores et musicaux. Pour la musique d'aborder les aspects en lien avec une mise en scène et le jeu théâtral.